Pour certains, la prison est le lieu trouble de tous les fantasmes. La privation de liberté est minimisée au profit d’une valorisation de la communauté virile et de ses codes. Difficile de conserver cette représentation fantasmatique après avoir refermé « El Sexto ». Certes, l’action se déroule il y a 70 ans et qui plus est, dans un pays « exotique », le Pérou. Mais pas sûr que les mœurs aient évolué depuis, encore moins dans le bon sens. Et la nature humaine n’a que faire de la géographie ; ça, c’est une certitude. [suite...]
On connaît Jirô Taniguchi pour ses albums mélancoliques comme « Quartier lointain » ou « Un zoo en hiver ». Avec « Garôden », on change d’ambiance sinon de thème. La difficulté de vivre – et d’aimer – est toujours là mais elle s’exprime ici dans la violence et la douleur. Tanba, le héros, est un karatéka solitaire qui ne se sent être que dans l’affrontement physique avec plus fort que lui. Il collectionne les défis comme des preuves d’existence. Un jour, il provoque Kajiwara, un lutteur. Frappes de pied et de poing contre saisies et immobilisations. Les corps se choquent, se saisissent, roulent sur le sol, s’entremêlent, s’immobilisent tête-bêche. Les souffles sont courts. Salive, sueur et sang se mêlent dans la plus virile des danses de séduction. Tanba perd. Il n’aura alors de cesse de retrouver son adversaire. [suite...]
Le narrateur est un agent des services secrets israéliens dont on ne saura jamais le nom. Nommons-le X. En temps normal, il passe ses journées à interroger des suspects dans les sous-sols des services secrets, où règne en permanence une « odeur de merde ». “Des heures à leur parler, à les secouer, à mariner avec eux dans le même air vicié”. Et ces jours-ci, les services secrets sont sur les dents. Un jeune gars de Naplouse n’est pas rentré chez lui depuis trois jours. Les services sont persuadés qu’il prépare un attentat, qu’il est quelque part une ceinture d’explosifs attachée à la taille. Alors les interrogatoires de suspects s’en ressentent. “Je deviens un boucher. Je n’ai plus le temps de jouer la subtilité avec eux”. [suite...]